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Noëll, 2013
B I O G R A P H I E
Noëll
Lucienne Levy est née le 14 novembre 1935 à Alger. Très tôt, elle manifeste des dispositions naturelles pour le dessin après qu’une certaine loi d’octobre 1940 a décidé de son renvoi de l’École publique et que l’Occupation fait peser sur sa tête d’enfant le risque de l’inoccupation. Sauvée par le premier Débarquement allié, elle récupère sa francité, mais choisit de rester à l’abri sous les deux dimensions de son vrai territoire. Admise aux Beaux-Arts en 1954, elle intègre les classes de Mohammed Racim pour le dessin (ronde-bosse) et de Louis Fernez pour la peinture. Encore élève, elle participe auprès de la jeune garde de la Villa Abd-el-Tif au VIIe Salon des Indépendants avant d’obtenir son CAFAS (Certificat d’aptitude à une formation artistique supérieure) en 1958, année où elle reçoit le Prix de la ville d’Alger. Puis, c’est sous le nom de Noëll qu’elle est sélectionnée pour la première édition de la Biennale de Paris. Un an avant l’indépendance, elle reçoit le Grand Prix artistique UAAN (Union des artistes de l’Afrique du Nord), mais l’Africaine, mariée de Chagall interrompue en plein élan, devra voir sa jeune vie tourner au drame de l’exil et du dénuement. Au bout d’un an de bohème parisienne, c’est désormais une vendeuse de chaussettes qui claque la porte du Printemps et va rejoindre à Caen son noyau familial, où elle a décidé contre vents et marées de parachever sa formation. Elle obtient en 1964 le Prix national de Peinture.
Après qu’elle eut vainement tenté d’embrayer sur l’orbite du design, Lucienne se résout à postuler pour un emploi dans un collège-lycée professionnel. L’artiste s’y découvrira une puissante vocation qui ne la quittera plus, celle d’éveiller aux subtilités de sa discipline des jeunes gens que l’on a tendance à considérer ainsi que la noblesse de l’Ancien Régime traitait sa roture. Au lendemain de la révolte de Mai, le style pictural apparenté Scène américaine de cette impétrante de l’École d’Alger emboîte le pas aux 343 salopes, non sans y célébrer sa maternité au travers d’un symbolisme féministe ne renonçant jamais à la féminité. De 1975 à 1978, Noëll rallie le groupe REGAIN, collectif d’artistes représentatif de la peinture contemporaine bas-normande formé autour d’Yvonne Guégan, l’une de ses grandes figures. Cette expérience la conduira à la Falkenhaus de Würzburg, la peintre juive y soulignant de son pinceau la vague de réconciliation entamée quelques années plus tôt par De Gaulle et Adenauer.
L’année même de la dissolution du groupe, on pouvait remarquer l’amorce d’une révolution au cœur du langage noëllien. Une façon de travailler les fonds jusqu’à la racine du ressac, les jambes ou les rochers allant y puiser une force érosive sculpturale. En quelques toiles, la forme humaine va se noyer dans le tréfonds de ce puits lumineux dont surgit le principe de formation des êtres et des choses. Et c’est bien ce que cherche Noëll. Une loi insondable, à laquelle remonterait toute existence, unifiée par son unité. Y atteindre requiert de soi que l’on ait dépassé les contours de sa propre silhouette. C’est ce que fait dorénavant cette glaneuse de pierres, jetant là, sans jamais le théoriser, ce que seront les bases d’un courant échappé de l’abstraction lyrique : l’unitarité abstraite. L’histoire de son initiatrice, descendante de ces indigènes judéo-arabes plusieurs fois exilés par l’Histoire de leur asile multimillénaire, est étroitement mêlée avec son double mode d’expression. Où l’exil figuratif de l’abstraction n’a de cesse que de se refléter dans l’exil abstrait de la figuration. Cette démarche purement intuitive, Noëll lui aura donné une visibilité croissante via des expositions collectives ou personnelles, à partir de 1978 dans les galeries honfleuraises de Danielle Gorzkowski, à l’Axiom Centre de Cheltenham ou avec Art 20-21, sous la houlette de Riad Beyrouti, lors de l'Exposition Européenne d'Art Vivant de 1999. Elle a pourtant à cœur de se caractériser par une profonde discrétion, à l’image de l’objet inaudible de sa quête d’une unité structurelle de l’univers dont les lignes d’épanchement ont été isolées de la rampe d’effusion.